INTER-VIEW
Fleur Huyghues D.
par Gloria Martheau
pour l’ART ZEF, Même pas peur des fautes d’orthographes Magazine
Gloria Martheau: “ Un jour, à la piscine, une jeune femme vous a demandé pourquoi vous nagez comme vous nagez. Que lui avez-vous répondu?”
Fleur Huyghues D.: “ Je ne sais plus. ”
Gloria Martheau: “ Alors moi, je vous demande aujourd’hui ce qui motive votre travail. Pourquoi faites-vous ce que vous faites? ”
Fleur Huyghues D.: “En ce moment, je m’accroche à mes peintures comme à une bouée en pleine mer. J’ai du mal à définir ce que je fais, alors je ne me pose pas de question, je me place dans l’action, je fonce et j’observe ce que je fais au fur et à mesure, puis j’ajuste, une façon de rentrer en dialogue. Le sens prendra son sens, pendant ou après. Ce qui compte, c’est de se frayer un chemin en pourfendant le brouillard des idées préconçues et de faire confiance à son instinct. Ce qui m’intéresse pour le moment c’est de drainer mes pensées, de créer des ensembles cohérents et de me réparer, de me dépasser, de me connecter… Découvrir un sens ou en donner à ce qui en avait perdu. Les aléas de la vie ont fait que je suis quelqu’un de solitaire; Créer, peindre, est une façon pour moi d’être avec et d’aimer les autres. Cela me permet de dialoguer avec mon subconscient. De méditer. D’organiser mes pensées. De prendre du recul. Me calmer. M’apaiser. D’Aller de l’avant. De projeter ma créativité par des médiums de communication que je peux partager intelligiblement.”
Gloria Martheau: “ Vous parlez de chemin, comment définiriez vous ce chemin?”
Fleur Huyghues D.: “Eclectique. Spectral en spirale, long, sinueux, douloureux, contrasté, effrayant, silencieux, fascinant, beau, merveilleusement beau. le travail qui en découle est de l’ordre du voyage, un parcours, un trajet. Une tentative de se reconnecter au soi, à la matière, à l’environnement, aux autres. Une possibilité de se reconstruire. De chercher de nouveaux points d’appuis. De rebondir face aux échecs. De s’éveiller. D’aimer. D’aller à la rencontre.”
Gloria Martheau: “ J’ai cru comprendre que vous aviez étudié à Londres, à la Central Saint Martins, qui elle-même fait partie du réseau de “University of the Arts London”. Qu’êtes-vous allé chercher là-bas et comment cela a-t-il influencé votre travail aujourd’hui? ”
Fleur Huyghues D.: “ Les trois années passées à la Central Saint Martins ont été très riche. Tout d’abord par les rencontres que j’ai faites. Les personnes pour qui j’ai travaillé et pour qui j’ai fait des recherches pour leurs travaux artistiques. Puis mes propres recherches qui se construisaient dans une dynamique de groupe. Dès la première année, j’ai monté un collectif qui s’est agrandi par la suite, avec lequel nous avons pu explorer ce qui touchait nos perceptions individuelles et créer ces espaces de jonction et d’interrelation. Les thèmes que nous avons abordés étaient obscurs et d’ordre psychologique. Nous touchions à la persona, aux stigmas, aux peurs, aux obsessions, à l’inconscient et aux limites forgées par nos éducations. Tous ça mis en parallèle avec une recherche sur l’environnement sonore, l’environnent lumineux, un langage du corps, la scénographie dans un lieu dit. Ces expériences sont pour moi inoubliables et ce qui m’a été transmis très précieux. Ces années à la Central Saint Martins, même si j’ai mis du temps à le comprendre, sont fondatrices de la façon dont je pense aujourd’hui et donc de comment je travaille, indépendamment du médium.”
Gloria Martheau: “ Récemment vous avez préparé un C.A.P. Art et techniques option Joaillerie à la Haute Ecole de Joaillerie (Que vous avez obtenu, félicitation.). Que pouvez-vous nous dire de votre expérience? ”
Fleur Huyghues D.: “ Etudier à la haute école de Joaillerie a pour moi été une expérience charnière dans ma vie. Je me suis lancée comme si je me poussais toute habillée dans un lac. Mon estime de moi était dans les degrés négatifs et pouvoir m’accrocher à cet enseignement d’une rigueur extrême m’a offert cet opportunité de relever la tête. Plus intéressée dans la gestualité et le fonctionnement de l’atelier que du bijou en soi, je me suis appliquée du mieux que j’ai pu, avec pour intention de comprendre cette mécanique et cette danse entre l’outil, la matière, le corps, l’établi et l’atelier. Ma dernière série de peintures utilise la technique du gouaché apprise durant cette année là. Un des aspects de cette série est un hommage à la vie, à l’amour, à la paix, aux êtres humains, à l’amitié et ce qui nous dépasse…